Vols de drones en milieu naturel : comment limiter les dérangements de la faune ?

Vautour percnoptère. Crédit photo : Bruno Berthémy_LPO

Les vols de drones en milieu naturel ne sont pas sans conséquences pour la faune. Attaques, collisions, paniques, fuites… plusieurs interactions entre des drones et des animaux ont déjà été constatées [1] par les gestionnaires d’espaces naturels.

Parmi celles-ci, des attaques de drones par certains rapaces (Faucon, Aigle) ont déjà eu lieu. Ces réactions s’expliquent par le comportement de défense de territoire des rapaces pendant leur reproduction, un drone volant trop proche du nid pouvant être identifié par ces derniers comme un prédateur qu’il convient de chasser ou d’éliminer.

Les envols d’oiseaux liés à la présence d’un drone sont une autre réaction pouvant être observée. Ceux-ci représentent une dépense d’énergie importante pouvant parfois, selon la période et l’espèce, nuire à la conservation de celle-ci. Un envol pendant la période de nidification peut par exemple entraîner un échec de reproduction en cas d’abandon de la couvée ou d’absence trop longue au nid. En juin dernier, le crash d’un drone dans une réserve écologique en Californie a entraîné la panique et la fuite de 2500 Sternes élégantes qui ont alors abandonné leurs 1500 œufs [2].

Ce phénomène de panique et de fuite lié aux vols de drones peut également être observé chez les mammifères (sauvages ou domestiques). Les conséquences peuvent être dramatiques : chutes, ensevelissements sous avalanches, avortements liés au stress généré, etc [3]. En octobre dernier, dans le massif de l’Oisans en Isère, un drone a survolé en rase-motte un troupeau en alpage situé à ce moment-là à proximité d’une falaise. L’affolement des brebis provoqué par le vol répété du drone a conduit à la perte de 14 d’entre-elles [4].

Plus rares, les collisions représentent un autre risque d’interaction entre les aéronefs télépilotés et les animaux. En 2020 dans les Alpes, une vidéo de drone en FPV (First Person View – pilotage en immersion) montre que l’aéronef manque de percuter un Gypaète barbu en vol [5]. Ces cas observés sur le terrain illustrent bien que les drones peuvent avoir, dans certaines situations, un impact négatif sur la reproduction et la survie de certaines espèces.

Les règles à respecter en milieu naturel

D’un point de vue scientifique, même si les études manquent encore sur le sujet [6], les résultats qui ont pu ressortir sont que les animaux les plus sensibles à la présence de drones sont les oiseaux (comparés aux petits mammifères et aux espèces sous-marines). Il est également démontré l’influence de certains facteurs dans la réaction des oiseaux, en particulier la trajectoire de vol, l’espèce observée et la taille du groupe [7]. Ainsi, afin de limiter le dérangement de la faune lié aux vols de drones en milieu naturel, quelques règles de base doivent être suivies par les télépilotes.

En premier lieu, respecter les interdictions de survols dans les espaces naturels réglementés (arrêtés préfectoraux de protection de biotope, cœur de Parcs nationaux et Réserves Naturelles Nationales). L’ensemble des zones interdites de vol, dont les espaces naturels règlementés, sont publiées sur la cartographie Geoportail : https://www.geoportail.gouv.fr/donnees/restrictions-uas-categorie-ouverte-et-aeromodelisme.
En cas de vols dans des espaces naturels non règlementés, il convient de se renseigner en amont (auprès de votre Fédération ou des gestionnaires d’espaces naturels) si des zones sensibles existent et sont à éviter. Dans les Pyrénées, les Alpes, la Corse, les Grands Causses et le Sud-est de la France, des Zones de Sensibilité Majeure (ZSM) peuvent par exemple exister dans le but de limiter les dérangements des grands rapaces (Vautour moine, Vautour percnoptère, Gypaète barbu) pendant leur reproduction.

Enfin, lors du vol, l’application de quelques recommandations simples par le télépilote permet de limiter les risques de dérangements de la faune en milieu naturel :

  • Décoller et atterrir à la verticale, à l’aplomb du pilote ;
  • Ne pas survoler les animaux au sol, ne pas poursuivre les oiseaux et les animaux ;
  • Ne pas voler proche des barres rocheuses, des éboulis, des zones forestières, des névés ou de tout autre milieu pouvant servir d’abris, de reposoir ou de sites de nidification pour une espèce ;
  • Ne jamais voler en rase-motte ;
  • Limiter la vitesse, les mouvements brusques et les accélérations de l’appareil ;
  • Respecter le vol à vue, et poser immédiatement l’aéronef en cas de présence de rapaces.

Où trouver ces différents espaces naturels dans Clearance ?

Pour chaque vol de drone créé sur Clearance, la plateforme vérifie si le vol se situe dans l’un de ces espaces naturels (réglementés ou sensibles).

La plateforme croise les informations du vol avec la présence de cœur de Parcs nationaux, de Réserves Naturelles Nationales (RNN), de zones Natura 2000 et maintenant de zones de sensibilité majeure (ZSM) du Gypaète barbu et du Vautour percnoptère.

En collaboration avec la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) de Nouvelle Aquitaine, les ZSM localisées dans les Pyrénées, les Alpes, la Corse, le Massif Central, et le Sud-Est de la France ont été ajoutées à la plateforme Clearance.

Si le vol se situe dans l’un de ces espaces naturels, Clearance affiche sur une carte la surface de l’espace naturel par rapport au vol. Les règles associées au survol de cet espace sont données ainsi que le protocole à suivre et les informations de contact des autorités pour faire une demande d’autorisation de survol.

Article co-écrit avec la LPO Aquitaine.

 

 

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=_bJflq_GBug

[2] https://www.geo.fr/environnement/crash-dun-drone-illegal-en-californie-des-milliers-doiseaux-abandonnent-leurs-oeufs-en-catastrophe-205035

[3] https://www.bouquetin-pyrenees.fr/actualites/pas-de-drone-pour-filmer-les-bouquetins-12-04-2021

[4] https://www.francebleu.fr/infos/insolite/quand-un-drone-fait-plus-de-degats-dans-un-alpage-que-le-loup-1634657705

[5] https://www.youtube.com/watch?v=8YsJY8NIT0E

[6] REYES M., 2018. Etat des lieux des connaissances sur l’impact des drones sur les sites Natura UMS 2006 Patrimoine naturel, AFB/CNRS/MNHN, 24 p.

[7] MULERO-PÁZMÁNY Margarita, JENNI-EIERMANN Susanne, STREBEL Nicolas, SATTLER Thomas, NEGRO, Juan José, TABLADO, Zulima. (2017). Unmanned aircraft systems as a new source of disturbance for wildlife: A systematic review. PLOS ONE. 12. e0178448.

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